J.G. Fichte. 1794. De la différence qu’il convient d’admettre entre l’esprit et la lettre en matière de philosophie (leçon, 1794). Trad. Manuel Roy. © Manuel Roy, 2014. Diffusion libre à des fins pédagogiques uniquement.

Johann Gottlieb Fichte [315]

De la différence qu’il convient d’admettre entre l’esprit et la lettre en matière de philosophie1

Première leçon

Sur l’esprit et le corps en général

  Chers auditeurs,

  Un savant se doit également d’acquérir, entre autres connaissances, une certaine connaissance de la philosophie. C’est le point qui nous occupe maintenant et qui nous occupera encore pendant un certain temps. Je voulais écarter les principaux préjugés faisant obstacle à une étude de la philosophie s’appliquant à remonter jusqu’aux fondements. Je voulais vous instruire d’une manière générale des moyens qui permettent d’acquérir une connaissance exhaustive de cette science. J’ai tenté dans la dernière leçon de réfuter un préjugé répandu à l’égard de la philosophie : celui qui veut qu’elle soit inutile et qu’on puisse très bien se passer des investigations subtiles et alambiquées qu’entreprend et doit entreprendre en particulier la philosophie nouvelle. J’ai montré que, dans les affaires ordinaires de la vie quotidienne, on pouvait en effet très bien se passer de ces recherches et être sans elles une machine pleinement opérationnelle ; mais que, vu l’état de l’humanité telle qu’elle se présente actuellement selon ses manifestations les plus élevées, le non-philosophe pourrait difficilement prétendre au titre d’être raisonnable, libre et suprasensible. Je pourrais aborder et rectifier encore bien d’autres préjugés qui subsistent à l’égard la philosophie, mais je crois pouvoir les atteindre et les extirper tous à la fois à travers leur racine commune. Quelques considérations sur la différence qu’il convient d’admettre entre l’esprit et la lettre en matière de philosophie, me semble-t-il, pour peu que je parvienne à vous rendre cette différence claire et sensible, me permettraient d’exposer d’un coup la plupart des règles touchant l’étude de la philosophie. De telles considérations me paraissent d’ailleurs d’autant plus appropriées [316] que notre époque tend résolument au vide spirituel et que, notamment dans le monde de la philosophie, des littérateurs (Buchstäbler) privés d’esprit, avec ces plaisanteries faites de jeux de mots et d’insinuations dont les littérateurs sont seuls capables, commencent à railler et à exprimer assez bruyamment, sans honte ni pudeur spirituelles, l’opinion puérile selon laquelle la philosophie n’aurait tout simplement pas d’esprit distinct de sa lettre.

  Je traiterai aujourd’hui de la différence entre l’esprit d’une part et la lettre ou le corps en général d’autre part. Je tenterai d’expliquer clairement ce que j’entends par esprit, en tant qu’attribut de l’être raisonnable sensible, je dirai de quelle manière se manifestent l’esprit et l’absence d’esprit, et j’indiquerai quelques moyens permettant d’élever et de renforcer l’esprit, en soi-même à tout le moins.

  L’esprit en général est ce qu’on appelle aussi par ailleurs l’imagination productive. L’imagination reproductive restitue, dans un ordre différent, ce qui se trouvait déjà dans la conscience empirique. Elle peut aussi composer de nouveaux touts en synthétisant divers ensembles ; mais, même dans ce cas, elle demeure exclusivement reproductive au sens strict. L’imagination productive ne restitue rien. Elle est, du moins eu égard à la conscience empirique, parfaitement créatrice, et créatrice ex nihilo. Je sais, chers auditeurs, que je m’écarte ici des enseignements de la philosophie nouvelle elle-même ; à moins que j’aie compris correctement certaines indications fort sibyllines de Kant, le plus spirituel de tous les penseurs. Je ne dis toutefois rien là que je ne puisse démontrer et que je ne démontrerai effectivement le temps venu. Mais comme je ne puis rien faire de plus ici que de l’affirmer, je devrai aussi me résoudre à laisser les hommes sans esprit juger cette affirmation de mauvais goût. L’imagination productive, dis-je, crée la matière de la représentation. Elle est l’unique architecte de ce qui se présente à la conscience empirique. Elle est la créatrice de cette conscience elle-même. L’imagination, cependant, même eu égard à cette puissance productrice qui lui appartient, n’est pas elle-même une chose en soi, mais plutôt une faculté appartenant à la seule chose en soi qui nous soit immédiatement donnée : le moi. Par conséquent, même sa puissance créatrice doit avoir un fondement plus élevé dans le moi. Ou pour formuler les choses d’une autre manière, plus appropriée à la présente investigation : bien qu’elle [317] soit créatrice relativement à la conscience empirique, l’imagination productive, relativement au moi en général, ne peut être qu’architecte ; il s’ensuit que la matière à partir de laquelle elle façonne ses constructions doit se trouver dans le moi.

  Et c’est en effet le cas. Ce que l’imagination façonne avant de le présenter à la conscience, c’est le sentiment. Le sentiment, que je ne puis ni ne dois expliquer ici davantage, constitue la matière de tout représenté, de sorte que l’esprit en général, ou l’imagination productive, peut être défini comme la faculté d’élever les sentiments à la conscience.

  Au sens le plus large du terme, quiconque dispose de représentations a donc de l’esprit. En effet, aucune représentation n’est engendrée sinon de la manière indiquée. Il s’ensuit que tout être humain a nécessairement de l’esprit. Être entièrement privé d’esprit, c’est être inconscient ou mort. L’esprit et la vie sont une seule et même chose. Rien n’est tout à fait sans esprit sinon ce qui est sans vie.

  Dès lors, que peut-on donc bien vouloir dire lorsqu’on affirme de telle personne qu’elle est particulièrement spirituelle et de telle autre qu’elle est sans esprit ?

  Il semble de prime abord qu’on ne pose pas de la sorte une différence positive et absolue, mais simplement une différence relative, c’est-à-dire une différence de degré, fluctuant d’une personne à l’autre. Et il en est bien ainsi. Plus une personne, grâce à son imagination, élève rapidement et efficacement son sentiment à la représentation, plus ses représentations, justement pour cette raison, s’enchaîneront vivement les unes aux autres dans son esprit, et plus elle sera spirituelle. En revanche, moins elle est rapide à saisir et à comprendre ses sentiments, moins les fibres de sa conscience seront filées avec vivacité, et moins elle aura d’esprit.

  Cependant, il existe encore, entre les individus que nous qualifions de spirituels et ceux que nous considérons comme étant sans esprit, une autre différence autrement plus significative. Cette différence, il est vrai, ne constitue pas non plus une frontière absolument précise, mais elle permet tout de même de distinguer deux classes d’êtres humains qui, eu égard à l’esprit et au manque d’esprit, ne sont pas absolument séparés. Voici ce qu’il en est. Tous les êtres humains disposent de sentiments. Et chez tous les êtres humains, certains de ces sentiments sont modelés par l’imagination productive et sont élevés à la conscience claire. Or entre ces sentiments eux-mêmes se trouve une différence importante. Certains de ces sentiments se rapportent à la simple vie animale de l’être humain. Ces derniers ne sont pas enfouis très profondément et sont élevés à la conscience plus facilement, plus certainement et plus nécessairement que les autres ; non pas en tant que sentiment, ce n’est pas du tout ce que je dis, mais en tant que représentations. Au fondement de ces sentiments, qui se rapportent simplement aux représentations du monde sensible des phénomènes soumis aux lois de la nature, [318] se trouvent toutefois d’autres sentiments. Ceux-ci ne se rapportent pas simplement à la vie animale de l’être humain, mais à sa vie rationnelle et spirituelle ; non pas simplement à l’ordre des phénomènes soumis aux lois de la nature, mais à la subordination de ces phénomènes ainsi que de tous les esprits raisonnables aux lois de l’ordre moral, de l’harmonie spirituelle, de la réunion de tous au sein du royaume de la vérité et de la vertu. Ces sentiments se trouvent à un niveau supérieur. Ils résident pour ainsi dire dans une région plus profonde de notre esprit, dans son sanctuaire le plus secret. Pour accéder à cette vie spirituelle plus élevée, il faut tout d’abord dépasser le monde des phénomènes, mourir à la sensibilité. Si les sentiments de la première espèce constituent et fondent le domaine des concepts, ceux de la seconde espèce fondent le champ des idées et des idéaux. Celui qui atteint cette région est un esprit et il a de l’esprit au sens le plus noble du terme. À cet égard, l’esprit peut être défini comme la faculté d’élever les idées à la conscience, de se représenter des idéaux, tandis que l’absence d’esprit apparaît comme l’inaptitude à la représentation des idéaux ‒ une inaptitude qui, malheureusement, s’est toujours trouvée chez l’être humain, mais jamais à un degré aussi élevé et dans des proportions telles qu’on les trouve à notre époque sans vigueur et chez nos nations corrompues par l’esclavage, le luxe et l’éclectisme.

  Celui qui, de manière scientifique, sonde le domaine de l’esprit humain, celui qui pénètre véritablement dans ses profondeurs les plus intimes et les plus secrètes et qui ne s’en tient pas simplement à la lettre vide et morte, celui-là a de l’esprit et, comme nous le verrons en temps et lieu, il élève son esprit. Mais sonder de manière scientifique les profondeurs de la nature humaine n’est pas le seul moyen d’acquérir de l’esprit. On peut avoir beaucoup d’esprit sans pouvoir expliquer scientifiquement ce qu’est l’esprit et de quelle manière est engendré en l’être humain ce que nous appelons l’esprit. Venue on ne sait d’où, invisible à tes propres yeux comme à ceux de tous les mortels, une étincelle se dépose en toi, qui te saisit énergiquement et te transporte dans ces mystérieuses profondeurs, sans que tu saches comment tu es arrivé jusque-là. Ce fut le cas des grands hommes de l’Antiquité, dont j’ai parlé dans la leçon précédente. D’une manière inexplicable pour eux-mêmes et pour leurs contemporains, [319] ils ont accédé à cette idée sublime qu’ils nous ont léguée et qui nous éblouirait si seulement nous pouvions la comprendre.

  Les formes les plus communes des idées à travers la représentation desquelles l’esprit se manifeste sont les suivantes. L’esprit s’élève au-dessus des formes nécessaires des corps dans l’espace, jusqu’à la frontière indéterminée (zur freien Begrenzung)2 de la beauté originaire, qui n’est comparable à rien dans le monde sensible ; au-dessus de la succession des sensations dans le temps jusqu’à la frontière indéterminée de la source de toute félicité, là où les sensations se suivent les unes les autres, mais sans paraître subir de modifications ; au-dessus de toute sensation dans l’espace et dans le temps. Il s’élance au-delà de l’espace et du temps jusqu’à la contemplation ravie du sublime originaire ; au-dessus de toute fluctuation de ses convictions jusqu’au sentiment d’une vérité éternelle ; au-dessus de toute influence de la sensibilité jusqu’à l’idée la plus sublime, la représentation de la perfection morale absolue, de la divinité.

  Comme tout ce qui existe pour nous, les idées spirituelles des êtres sensibles se manifestent également dans le monde corporel. Le libre esprit se voit revêtu d’un corps.

  Comme je l’ai déjà expliqué de manière détaillée durant ces leçons, l’homme est investi d’une pulsion qui le porte irrésistiblement à vouloir admettre en dehors de lui-même des êtres avec lesquels il puisse s’accorder. L’homme d’esprit s’estime frustré de ses plus grands plaisirs lorsque personne ne les partage avec lui. Or pour communiquer avec les autres êtres spirituels, il n’a que le monde corporel. Les esprits ne peuvent agir les uns sur les autres de manière immédiate : ils sont libres et ne peuvent être déterminés ; ils doivent plutôt se déterminer eux-mêmes à l’occasion d’un phénomène quelconque du monde sensible. Pour pouvoir entrer avec d’autres dans un rapport d’action réciproque, l’homme d’esprit doit produire en dehors de lui-même, dans la mesure où le corps peut exprimer l’esprit, un phénomène exprimant son idée spirituelle. Et c’est précisément ce qu’il fait lorsque, comme on dit, il présente l’esprit à travers le corps.

  Sa présentation (Darstellung) présente l’esprit, mais exclusivement du point de vue de celui qui a lui-même de l’esprit. Pour ce qui est sans vie, rien n’est vivant ; pour ce qui est sans esprit, rien n’est spirituel. L’homme d’esprit ne prétend pas agir sur l’esprit de l’autre. Quand bien même il y serait autorisé, il en serait incapable. Il cherche simplement à entrer avec lui dans un rapport d’action réciproque : à travers sa représentation, il entend simplement fournir à l’autre une occasion de développer [320] par sa propre activité les idées spirituelles qui se trouvent directement en lui. Certes, son œuvre est façonnée avec esprit, mais elle n’est pas l’esprit lui-même. L’auteur a pris soin de récupérer ce dernier, ne laissant derrière lui qu’un corps mort. C’est à l’observateur de l’œuvre qu’il revient d’insuffler à ce corps le souffle de vie qu’il trouve en lui-même.

  En cet instant précis, par exemple, comme chaque fois que je suis avec vous, je me trouve moi-même dans la situation d’un tel auteur. Je vous présente une œuvre à laquelle je crois certes avoir insufflé quelques idées. Mais je ne vous présente pas les idées elles-mêmes, je ne peux vous les présenter. Je ne vous présente qu’un simple corps, à savoir les mots que je prononce et que vous entendez. Ces mots, en eux-mêmes, ne sont rien de plus qu’un son vide, une vibration dans l’air qui nous environne vous et moi. Le sens qu’ils ont pour vous, s’ils ont pour vous un sens rationnel, ce n’est pas moi qui le leur donne. Vous le leur donnez, vous leur accordez pour vous-mêmes un sens, de la même manière que je leur avais accordé pour moi-même un sens. Plus ce sens s’approche de celui dont je souhaitais les investir, mieux vous me comprenez ; plus il s’en éloigne, moins je suis compris. Plus les idées que vous formez en vous-mêmes au moment où vous entendez ces mots sont semblables à celles que j’avais formées en moi-même en préparant cette leçon, plus nos dispositions d’esprit respectives s’harmonisent.

  À travers ce commerce des esprits, l’esprit se développe toujours davantage au sein du genre humain et l’espèce tout entière devient plus spirituelle. L’esprit des siècles ultérieurs s’exerce sur la base des grossières tentatives des commencements, ce qui lui permet de tirer davantage de lui-même que ne l’avait fait le premier auteur. Il propose alors une présentation (Darstellung) plus parfaite, sur laquelle son successeur pourra s’appuyer à son tour pour en développer une plus parfaite encore.

  À l’époque la plus ancienne de notre histoire connue, l’humanité s’était déjà considérablement avancée sur la voie de la perfection spirituelle. Où en sommes-nous aujourd’hui dans cette entreprise ? Il vous suffit pour vous en rendre compte de regarder autour de vous ; et vous le verrez encore mieux à mesure que vous progresserez dans votre formation. Ce qui a stoppé l’humanité sur la voie qui la mène à son but, tout historien compétent pourra vous l’apprendre. C’est l’ennemi déclaré de tout bien, de toute beauté et de toute noblesse, l’ennemi déclaré de Dieu et de l’humanité : le despotisme, qui anéantit à grands coups de poings la liberté, mère de l’esprit. Mais laissons-le pour l’instant trôner sur les ruines de l’humanité foulée au pied et poursuivons notre chemin.

  [321] À cette époque déjà, des productions manifestant certaines idées spirituelles s’offraient au regard, pour l’émerveillement et la plus grande joie de tous ceux qui avaient eux-mêmes de l’esprit. Ces productions étaient célébrées, et être l’auteur d’une telle œuvre apportait la gloire et peut-être même de surcroît la prospérité, qui est le véritable mobile des hommes sans esprits. Il y avait dans la foule certains individus qui, à vrai dire, ne comprenaient pas très bien en quoi ces œuvres méritaient d’être admirées et louées. Mais la gloire et le gain qu’elles procuraient leur plut. Et précisément parce qu’ils ne voyaient pas l’esprit, mais le seul corps, ils se figurèrent qu’il était facile de produire de pareilles œuvres. Ils étudièrent le rapport des parties au tout et se retirèrent. Du bois ou de la pierre, ils en trouvèrent partout. Ils se mirent hardiment au travail, achevèrent, et crurent véritablement avoir fait la même chose que l’autre. Et puisque les compagnons des hommes sans esprit se trouvent partout en nombre suffisant, il se trouva encore plusieurs autres individus pour partager leur opinion. Pygmalion3 présente aux yeux de la foule son chef-d’œuvre, auquel il a communiqué vie, souffle, chaleur, battements de cœur et liberté de mouvement. Mais qu’est-ce qui nous empêche de compléter la fable et d’attribuer en outre à sa réalisation la merveilleuse faculté de demeurer inerte aux yeux de celui qui ne participe pas lui-même à la vie spirituelle ? Arrive alors un honnête artisan maniant habilement le ciseau. Il entend les cris d’allégresse poussés par le connaisseur4 ravi, y regarde de plus près, et voit… une statue comme les autres. Si c’est là tout ce qu’il faut pour atteindre la renommée, songe-t-il alors en lui-même, je serai bientôt célèbre. Il s’empare d’un compas et d’une règle, mesure et calcule avec exactitude les proportions, se retire et se met au travail, termine et croit vraiment avoir reproduit l’œuvre de Pygmalion. Et cet homme a raison : il a effectivement reproduit ce que cette œuvre était pour lui.

  L’esprit tire sa règle de sa propre intériorité. Il n’a pas besoin de loi, puisqu’il est en lui-même loi. L’homme sans esprit reçoit sa loi de l’extérieur et ne peut rien faire de plus que reproduire. Il ne peut rien accomplir si personne ne lui dit comment procéder. L’homme sans esprit suit la règle et l’homme plein d’esprit suit [322] la même règle. Mais il existe une grande différence dans la manière dont ils la suivent. L’homme d’esprit agit selon la règle comme si ce n’en était pas une. Et, en effet, pour lui, ce n’en est pas vraiment une. La règle est pour lui nature. L’homme sans esprit agit selon la même règle, mais de telle sorte qu’on aperçoive constamment cette dernière, de même que la crainte qu’il a de la transgresser. L’homme sans esprit est un élève qui, à chaque trait de plume, s’enquiert des consignes : même s’il effectue chaque trait exactement tel qu’il apparaît sur le modèle du maître, on reconnaîtra, au défaut d’unité et de légèreté de ses traits, au manque d’assurance de ces derniers, à ce petit quelque chose dont on ne parvient pas toujours à rendre compte, qu’on a affaire à un simple élève et que cette écriture ne lui est pas naturelle.

  Presque toutes les occupations humaines peuvent être exécutées avec esprit ; le manque d’esprit se trahit à travers presque chacune d’elle.

  L’homme n’est homme que pour autant que et dans la mesure où il a de l’esprit. Et ce n’est que dans la mesure où il a de l’esprit qu’il participe de manière positive au développement de l’humanité en dehors de lui. Si l’humanité doit jamais s’anoblir, emprunter la voie qui la mène à son but et progresser énergiquement sur cette voie, il est avant tout nécessaire que les guides et les éducateurs de l’humanité aient de l’esprit.

  Vous savez de quel point de vue j’envisage la destination du savant. Il n’est donc pas nécessaire que je vous explique aujourd’hui, chers auditeurs, de quel point de vue j’envisage tout particulièrement votre destination. Il n’est pas nécessaire que je vous dise aujourd’hui que je vois en vous l’espoir des générations futures, que j’aperçois en vous les siècles à venir comme en une miniature. Je n’ai donc pas besoin non plus de vous assurer de la chaleur et de la vivacité du vœu sur lequel je clos la leçon d’aujourd’hui : puisse l’esprit, invisible à mon œil, vous habiter en abondance, et puissé-je contribuer de temps à autre à jeter dans vos âmes des étincelles qui l’éveilleront et le saisiront énergiquement.

 

1 Texte de 1794.

2 [Note du traducteur :] Fichte pense probablement ici à Kant, qui pose le concept du beau comme indéterminé.

3 D’après le mythe, Pygmalion avait sculpté une statue de femme d’une beauté et d’un réalisme si parfaits qu’il en tomba amoureux. Sur la prière de Pygmalion, Aphrodite accorda la vie à cette statue, que le sculpteur épousa. Voir Ovide, Métamorphoses, 10, 243 sq.

4 [Note de l’éditeur :] au-dessus de connaisseur : peuple.

Cette entrée a été publiée dans Fichte and taguée , . Placez un signet sur le permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *